Recherches, statistiques et textes sur le décrochage scolaire des garçons


Le plus grand spécialiste Québecois sur la question du décrochage scolaire des garçons; Yves Archambault

L’école des filles
Yves Archambault, l’ancien directeur de la CSDM, entame un doctorat sur l’échec scolaire des garçons.

Yves Archambault a dirigé la plus grosse commission scolaire du Québec: 200 écoles, 12 000 employés et un budget de un demi-milliard de dollars.

Il est aujourd’hui étudiant à temps plein. «Le golf, je n’aime pas!»

Cas no 1. Un enfant s’érafle un genou en jouant à la «tag». Réaction de la direction: ce jeu sera désormais interdit dans la cour de l’école.

Cas no 2. Des garçons reviennent trempés de leur récréation, car ils ont joué au «roi de la montagne» sur l’immense banc de neige accumulé dans la cour. Résultat: on fait enlever la montagne de neige par la souffleuse.

Cas no 3. Pour retrancher 15 minutes à la journée de travail, une école primaire décide d’abolir la récréation de l’après-midi. De toute façon, le personnel trouvait laborieux d’habiller les enfants pour une pause aussi courte.

Ancien directeur général de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), Yves Archambault estime que ces trois situations «vécues» illustrent à merveille le fait que l’école, de nos jours, n’est pas adaptée aux besoins des garçons. «Avec des exemples comme ceux-là, on s’étonne encore que les garçons trouvent l’école ennuyeuse. Il me semble que c’est évident: les gars ont besoin de bouger au moins entre les cours. Leur identification au groupe passe par l’activité physique, le sport. Plutôt que de respecter cette donnée, on fait marche arrière sur le temps alloué à l’éducation physique, aux activités parascolaires, etc.»

En plus de donner des cours à l’Université de Montréal, M. Archambault entame un doctorat sur l’échec scolaire des garçons. Il est très sévère à l’endroit de l’école québécoise en «faillite de mission», selon ses termes. «Avec 30 % de décrochage, personne ne peut parler de réussite. Prenez n’importe quelle entreprise qui perd 30 % de sa clientèle chaque année; c’est la banqueroute assurée.»

Contre la mixité

M. Archambault ne veut pas avoir l’air de critiquer d’anciens collègues qui demeurent sur un navire que lui a quitté. «Ce que je dis aujourd’hui, je le disais à l’époque où j’étais directeur, affirme-t-il. Mais si l’on veut que les choses changent, il faut bien cerner les problèmes. Cela ne se fera pas tout seul.»

Changer, mais comment? En allouant plus de temps aux activités physiques. Quitte à séparer les garçons des filles. Un chercheur de l’Université Harvard que M. Archambault cite dans ses conférences, William Pollack, affirme que les écoles mixtes sont les plus mauvais lieux d’apprentissage qui soient pour les garçons. Ceux-ci apprennent en agissant et les filles en écoutant.

Pour bien marquer la différence des approches pédagogiques qu’il faut appliquer entre garçons et filles, Yves Archambault serait favorable au retour des écoles non mixtes. «Plusieurs études démontrent que la mixité nuit au succès scolaire, surtout chez les garçons, explique-t-il. Je me souviens d’une école anglaise de la CSDM, l’école James-Ling, qui a vu ses élèves mieux réussir après avoir renoncé à la mixité. Les filles réussissaient mieux en mathématiques et les garçons en enseignement de la langue maternelle.»

Le professeur Pollack recommande de créer, s’il le faut, des classes séparées dans des écoles mixtes. Les élèves y sont moins anxieux, ont une meilleure estime de soi et sont moins complexés.

Sages comme des... filles

On exige des enfants qu’ils demeurent sagement assis pendant des heures sans faire de bruit. Pour les «hyperactifs», il y a le Ritalin. On proscrit toute forme de compétition. «Et pourquoi n’y aurait-il pas de vertus à la compétition? Regardez l’effervescence qu’engendre l’arrivée d’une équipe de football à l’Université de Montréal. J’étais au premier match: quel enthousiasme collectif! Les garçons carburent à la compétition. Ils adorent. Pourquoi ne pas encourager cette attitude?»

L’école québécoise est encore très massivement portée par des femmes. «Très peu d’hommes enseignent au primaire et ceux qui le font adoptent très souvent le “modèle” féminin. C’est regrettable.»

Se défendant d’avoir un discours antiféministe («ce n’est pas parce qu’on s’intéresse aux garçons qu’on ne se réjouit pas de la réussite des filles»), M. Archambault est conscient de l’aspect provocateur de ses propos. Mais il lui semble urgent de réagir, car les hommes de demain pourraient être totalement effacés par des conjointes pleines d’assurance, mieux payées et installées dans des emplois plus intéressants. Déjà, les universités sont envahies par les femmes, tandis que les hommes sortent par la petite porte.

La retraite? Pour quoi faire?

À titre de chargé de cours au Département d’études en éducation et d’administration de l’éducation, M. Archambault enseigne à de futurs directeurs d’école. Il affirme que ceux-ci peuvent exercer un effet très positif sur la réussite scolaire s’ils prennent leur travail au sérieux. «Certains sont très dynamiques et cela paraît. Un bon directeur peut avoir un effet d’entraînement sur tout le personnel.»

M. Archambault sait de quoi il parle. Avant de s’inscrire à l’Université de Montréal, il était directeur général de la plus grosse commission scolaire du Québec, qui compte 200 écoles, 12 000 employés et un budget de un demi-milliard de dollars. Après avoir lui-même enseigné au primaire et au secondaire puis dirigé une école, il est devenu directeur de la Commission scolaire de Saint-Jérôme. En 1992, il passait à la tête de la Commission des écoles catholiques de Montréal. À la suite de la déconfessionnalisation du système scolaire, celle-ci est devenue en 1998 la Commission scolaire de Montréal.

M. Archambault ( y.archambault@umontreal.ca ) aurait pu prendre une retraite tranquille. Mais il rêvait depuis longtemps de faire un doctorat. Et il est heureux. «Je passe des journées entières à la bibliothèque. Personne ne me cherche. Génial.»

Son plan de carrière? Un cours à la fois.

Mathieu-Robert Sauvé
http://www.iforum.umontreal.ca/Forum/ArchivesForum/2002-2003/020930/article1461.htm


Proportion des femmes dans différents domaines d'études universitaire en 2002

Art:  64%
Administration/gestion:  51%
Science de l'éducation: 80%
Droit: 61%
Lettres: 72%
Sciences sociales: 64%
Sciences appliquées: 27%
Sciences pures: 51%
Sciences de la santé: 75%

Source: Régie régionale de la santé et des services sociaux de la Montérégie

Taux d'obtention des diplômes

Taux d'obtention de diplômes selon le sexe pour les années 1998-2000 au Québec,  Source des données: Portrait social du Québec Données et analyses Édition 2001, ISBN : 2-551-21424-6.  Chap. 7, page 184 tableau 7.4 et page 190 tableau 7.8.:

Hommes Femmes
Au secondaire 76,8% 90,4%
Au collégial 29,7% 49.4%
Au baccalauréat  21,7% 33.0%

En bref le 1/4 des garçons n'obtiendront pas leur diplôme secondaire, comparativement à 1/10 pour les filles

Depuis les 20 dernières années au Québec, de façon constante, à tous les âges et avec un écart important, sans exception, les garçons sont exclus du système pour une raison ou une autre, dans une proportion significativement plus importante que les filles.  Les conséquences du décrochage dans la vie d'un jeune sont d'un dommage indescriptible à court, moyen et long termes ... délinquant, rejeté socialement, il handicape sa réussite sociale à plusieurs niveaux, ses rêves, ses aspirations ... et encore bien plus.

Source des données: Portrait social du Québec Données et analyses Édition 2001, ISBN : 2-551-21424-6. Chap. 7, page 186 Tableau 7.6

Les problèmes de réussite et de persévérance des garçons prennent de l'importance au fur et à mesure qu'ils progressent dans le système éducationnel québécois. Le ministère de l'Éducation a établi qu'en 2000, le taux d'obtention du diplôme au collégial (DEC ou autre) chez les femmes était plus d'une fois et demie plus élevé que chez les hommes (47,9 % contre 28,9%).

Cet écart entre les deux sexes est allé grandissant depuis l'année 1975-76, passant de 2,7 points à près de 20

...et oh coincidence, c'est depuis 1972 que le Québec a des classes mixtes !


Quelques expériences de classes non-mixtes

Expérience no 1

(...) "La dizaine d'expériences-pilotes de classes non mixtes, où les résultats scolaires des garçons rejoignent ou dépassent la moyenne des filles, prouve tout simplement que les garçons apprennent mieux lorsque certaines conditions sont réunies. Oh ! Surprise. Les garçons de classes non mixtes réussissent autant, peu importe que l'enseignant soit un homme ou une femme (du moins à ma connaissance). L'insuccès des garçons ou le succès des filles ne tient pas au sexe du titulaire, mais plutôt à la méthodologie de l'enseignement. Oui, les gars ont besoin de dépenser leur surplus d'énergie dans des sports " virils " pour être réceptif à l'apprentissage intellectuel. Qu'y a-t-il de mal à ça ? Arrêtez de " paranoïer " et de croire que l'on veut prendre vos jobs et avoir votre peau ! Pourquoi voudrions-nous vous enlever ce que vous faites avec tellement d'expertise ? Mais oui, je crois que nos garçons et nos filles auraient avantage, dès leur plus jeune âge, à avoir des professeurs (des parents) des deux sexes pour leur meilleur équilibre mental, émotif, intellectuel et relationnel." (...)

Lien

Expérience no  2

(...) "À l'école secondaire de Saint-Paul, à Saint-Paul-de-Montminy, étudiants de tous horizons sont bienvenus. Or depuis deux ans, garçons et filles qui sont admis en première secondaire font classe à part. Cette mesure a été instaurée pour tenter d'améliorer la performance des élèves masculins, sans nuire à celle des filles. Et selon le directeur Jérôme L'Heureux, qui a supervisé l'avènement de cette formule jusqu'à son départ pour une autre institution, cet automne, les résultats ont été plus que probants.

« Avant que l'on "démixe", nos garçons réussissaient moins bien en français, en arts, en enseignement religieux et en anglais. À la suite de cette expérience-là, ils ont mieux performé en anglais que les filles. Dans les autres matières, l'écart s'est amoindri, mais nos filles demeurent meilleures. »

L'initiative de l'école publique de Saint-Paul est le fruit d'une réflexion amorcée il y a quatre ans. La direction a d'abord tenté de cerner ce qui déplaisait aux garçons et ce qui les motivait. Puis, suivant l'une des recommandations du rapport Pour une meilleure réussite scolaire des garçons et des filles, publié en 1999 par le Conseil supérieur de l'éducation (qui a cependant déconseillé le retour aux écoles non mixtes), elle a adapté ses techniques d'enseignement de façon à tenir compte des styles d'apprentissage des étudiants masculins. Aujourd'hui, les garçons sont beaucoup plus motivés à réussir et sont moins souvent au cœur d'incidents disciplinaires que par le passé. Pourtant, malgré le succès de l'entreprise, M. L'Heureux refuse de parler de solution miracle, surtout qu'elle ne peut être appliquée à toutes les secondaires, en raison des cours optionnels et des frais impliqués.

« C'est une des solutions, ce n'est pas que la seule, précise-t-il. Il faut vraiment prendre le temps de faire une réflexion avec l'équipe d'enseignants et tenir compte du milieu dans lequel on est. Dans notre cas, ç'a donné de très bons résultats, mais on ne peut pas imposer ce modèle-là, il faut que ce soit la volonté de changement des gens qui amène ça. »

Les problèmes de réussite et de persévérance des garçons prennent de l'importance au fur et à mesure qu'ils progressent dans le système éducationnel québécois. Le ministère de l'Éducation a établi qu'en 2000, le taux d'obtention du diplôme au collégial (DEC ou autre) chez les femmes était plus d'une fois et demie plus élevé que chez les hommes (47,9 % contre 28,9%). Cet écart entre les deux sexes est allé grandissant depuis l'année 1975-76, passant de 2,7 points à près de 20.

Au cégep Lionel-Groulx, à Montréal, on s'est intéressé à la question. Une étude maison a démontré que les gars représentaient 70 % des échecs en philosophie et 80 % des étudiants en mise à niveau - ceux qui n'ont pas obtenu la note de passage en français pour être admis au cégep. Coauteur de l'étude et professeur de philosophie à cette institution, Guy Ferland a recommandé la formation de groupes plus homogènes, où le professeur pourrait assurer un meilleur suivi de ses élèves, la prise en compte des différents styles cognitifs et la sensibilisation des enseignants à l'incidence que peut avoir leur sexe sur leur travail." (...)

Lien

Expérience no  3

(...) "Janel Gauthier, directeur du programme de doctorat en psychologie, orientation clinique, de l’Université Laval, propose dans les pages du quotidien Le Soleil du 2 septembre 2003 le retour aux classes non-mixtes jusqu’à la fin du secondaire, avec l’ajout d’activités communes à partir du deuxième cycle du secondaire.

Selon lui, la rectitude politique exige aujourd’hui qu’on prône l’égalité pour tous, l’intégration et les mêmes droits pour les garçons que pour les filles. Ceci laisse supposer qu’une telle idée sera loin de faire l’unanimité au sein du gouvernement.

Si Janel Gauthier propose de séparer les filles et les garçons, c’est sur un principe qui s’étend au-delà du sexe de l’enfant. Il juge qu’il serait bien de faire de même avec les enfants qui ont des retards d’apprentissage importants et ceux ayant des handicaps intellectuels.

Ceux qui ne sont pas d’accord posent la question suivante : où s’arrêtera cette séparation? Faudra-t-il séparer les jeunes selon leur religion, selon leur race? Bien sûr que non, on parle ici d’éducation, de besoins en apprentissage, et non pas d’idéologies ou de nationalités.

Des expériences concluantes:

L’école primaire Aux Quatre-Vents, de Rivière-au-Renard, en Gaspésie, expérimente la séparation des sexes en 3e année depuis septembre 2002. Enseignants, parents et garçons n’ont que des éloges à faire à propos de ce projet qui se poursuit cette année pour une classe de 5e et 6e années.

L’école secondaire Jean-Jacques-Rousseau, à Boisbriand, le vit depuis deux ans à cause, à l’époque, d’une surpopulation de garçons en première secondaire. On s’est aperçu après deux ans que les garçons avaient moins peur d’exprimer leurs émotions ou de se faire ridiculiser.

Pas encore de résultats, mais beaucoup d’enthousiasme:

On n’a pas encore de certitudes en ce qui a trait aux résultats scolaires des garçons dans cette approche différente. Les enseignants semblent surtout avoir constaté des changements de comportement plus que l’amélioration des résultats scolaires. Dans certaines classes cependant, les résultats se chiffrent. Ainsi, à l’école secondaire Vaudreuil, la moyenne des garçons dans le cours de maths aurait augmenté de 10%. De plus, un nouvel objet de convoitise masculin aurait fait son apparition : la calculatrice à affichage graphique! « Elle passionne les garçons, et traumatise les filles », résumait dans les pages de La Presse du 3 mai dernier l’enseignante Claire Lefebvre.

Partout où l’expérience est tentée, le programme scolaire n’a pas été changé, mais adapté, notamment au niveau du choix des textes à étudier en français et des problèmes à résoudre en maths." (...)

Lien

Expérience no  4

(...)Ce n'est cependant pas une pratique courante dans nos écoles. Seulement quelques-unes d'entre elles séparent les garçons des filles.

À l'école publique secondaire anglophone James Lyng, dans le quartier Saint-Henri de Montréal, les garçons sont séparés des filles en classe. La direction de l'école a pris cette mesure il y a 5 ans, pour tenter de faire baisser le taux de décrochage chez les jeunes.

Est-ce une coïncidence ? Il y a 5 ans, le taux de décrochage était de 35 %. Il est aujourd'hui d'un peu plus de 20 %.

La direction de l'école est prudente. Les classes non-mixtes ont sûrement contribué à diminuer le taux de décrochage mais il y a aussi d'autres facteurs comme le tutorat et les classes plus petites

Lien

et... autre lien pour la même école, dans la revue l'Actualité:

Extrait

(...) «Mister C.», comme le surnomment les adolescents, n’a jamais craint d’innover. En 1998, il a entrepris d’éliminer graduellement les classes mixtes. Aujourd’hui, sauf dans les groupes enrichis — où les élèves ne sont pas assez nombreux —, filles et garçons ne suivent plus les mêmes cours.«Ils apprennent différemment, dit Wayne Commeford. Alors on a adapté l’enseignement selon le sexe.» Par exemple, les filles travaillent plus en équipes et apprennent en discutant, alors que les garçons reçoivent la matière brute d’un seul trait puis passent à des choses plus actives, plus manuelles. En fin de compte, les deux groupes auront vu la même matière, chacun à sa façon. (...)

Voici comment les jeunes garçons vivent des discriminations à l'école

82,5% des élèves rejetés à la maternelle et au début du primaire par les enseignantes sont des garçons.  Le rapport de recherche réparti sur 20 écoles, compile qualitativement les attitudes et les réponses des enseignantes et en vient à deux conclusions indéniables:

(Résumé d'une partie de la recherche): Revue des sciences de l'éducation, Vol. XXVI, n.1, p.35 à 54, Attitude des enseignantes de maternelle selon le sexe des élèves.  Par Louise Paradis, Ph. D. et Pierre Potvin, Ph. D de l'Université du Québec à Trois-Rivières.  Année 2000.   Page 48 tableau 3.
Recherche intégrale: Disponible au C.R.I.R.E.S. à l'Université Laval, Québec, sous le titre Facteurs de réussite dès le début de l'éducation préscolaire et du primaire (Vol. 5, no 3, 2000).  

Conclusion et recommandations

'' L'attitude de l'enseignante envers le garçon.  Dans l'ensemble et de façon constante, il existe une différence significative entre l'attitude des enseignantes envers les garçons et les filles.  Cette attitude est toujours plus positive à l'égard des filles et l'écart est important.  De plus, nous retrouvons de façon constante une proportion plus grande de filles considérées comme de type attachant comparativement aux garçons et, inversement, la proportion des garçons considérés comme de type rejeté est significativement et constamment plus grande que celle des filles.  

Compte tenu de ces diverses constatations, nous recommandons:

Autres rapports de recherche:

Certains de ces problèmes affectent aussi les filles, mais comme  nous venons de le voir, c'est de façon beaucoup moins sévère.


Articles de jounaux

Une école pour les garçons
Christiane St-Pierre
Le Nouvelliste, Trois-Rivières
 
Les garçons sont de plus en plus téflon au système scolaire. À un point tel que le sujet préoccupe de nombreux ministres de l'Éducation dans le monde. Les garçons décrochent davantage que les filles à l'école. En 1997, 41,3 pour cent des garçons avaient quitté l'école secondaire sans avoir obtenu leur diplôme d'études secondaires contre 26 pour cent des filles.

Au Québec, ils seront environ 20 000 à manquer à l'appel dans les cégeps de la province. Les filles étant majoritaires dans les programmes préuniversitaires au collégial. Leur nombre modifie considérablement le portrait lorsqu'elles s'insèrent dans le marché du travail. Peu de recherches ont été effectuées sur la difficulté qu'ont les garçons à l'école. Les observations sur les comportements entre les garçons et les filles tournent en rond. Les filles seraient plus studieuses et s'adapteraient mieux au système actuel. Les garçons préfèreraient bouger, seraient plus turbulents et agressifs. Au-delà de ces appréciations psychologiques, quelques tentatives pour raccrocher les garçons commencent à prendre forme. On parle de plus en plus d'offrir des classes non mixtes et de présenter des enseignants masculins en plus grand nombre au primaire.

D'une part, le gouvernement américain vient d'entreprendre une modification intéressante à ses programmes d'enseignement en permettant aux communautés d'ouvrir des écoles non mixtes. Le gouvernement de George Bush entend donner plus de flexibilité aux écoles pour rétablir des programmes non mixtes dans les écoles publiques. L'enseignement basé sur la distinction entre garçons et filles demeurent une option et non une obligation pour le moment. Mais un enseignant d'une école primaire de Seattle en a fait l'expérience l'année dernière. En divisant ses élèves selon les genres, il a observé une importante diminution de sanctions infligées aux garçons et une meilleure réussite académique. D'autre part, les Anglais ont choisi d'augmenter le nombre de professeurs masculins pour contrer l'abandon scolaire des garçons. Cette année, ils ont mis sur pied une campagne publicitaire visant à inciter davantage de jeunes hommes à exercer la profession d'enseignant. Le gouvernement britannique croit que la présence d'enseignants masculins au niveau primaire contribue à favoriser un meilleur apprentissage chez les garçons. Depuis quelques années, le nombre de professeurs masculins anglais a diminué de 14 pour cent. Comme ici d'ailleurs, enseigner au primaire et au secondaire est majoritairement une affaire de femmes. Le gouvernement britannique veut hausser leur recrutement à 20 pour cent. Les spécialistes de l'éducation en Angleterre ne sont pas les seuls à s'inquiéter du désengagement des jeunes garçons à l'école. Le ministre de l'Éducation du Québec accepte de regarder l'option des classes non mixtes. Mais aucune action en ce sens ne se dessine à l'horizon. On comprend la timidité de Sylvain Simard à l'issue de sondages où une grande partie de la population n'approuverait pas l'enseignement divisé entre les filles et les garçons. Mais devant les défis que posent les grands changements de l'éducation dans le monde il y a lieu de s'interroger. La hausse croissante des besoins en main-d'oeuvre qualifiée, l'importance des technologies de l'information, la mondialisation et l'ouverture aux autres cultures ont déjà commencé à changer nos rapports économiques et culturels. Le Conseil supérieur de l'Éducation du Québec a aussi réfléchi à la question. Ses solutions, beaucoup moins spectaculaires, sont plus nuancées et moins évidentes. "Diversifier les styles cognitifs, accentuer l'école orientante, démontrer l'utilité concrète de l'école, désexualiser le contenu de lecture plus associé aux qualités féminines": des solutions intéressantes mais beaucoup plus abstraites que les modèles entrepris par les Américains et les Anglais. Pas de solutions axées sur la rigueur, la discipline, le travail et la responsabilité. C'est le néant. Ces mots auraient-ils disparu du paysage scolaire?

Il n'y a pas de réponse unique aux problèmes vécus par les garçons à l'école. Il faudrait intensifier la recherche dans ce domaine.  La jeune génération a de nouveaux défis devant elle. Le chômage, la violence et la performance d'élèves en classe mondiale ne font qu'augmenter la pression pour trouver plusieurs réponses à une question unique: pourquoi l'école n'intéresse pas  davantage les garçons?

 

Le samedi 31 août 2002
L'université au féminin

André Noël
La Presse   

Une étudiante marche sur le campus de l'université McGill.

Si la tendance se maintient, le Québec de demain sera composé de milliers de femmes professionnelles et bien payées, et de milliers d'hommes sous-scolarisés végétant dans des petits emplois précaires, avec de beaux casse-tête amoureux en perspective.

Les statistiques de cette année le confirment : non seulement les universités, mais aussi les cégeps, sont fréquentés par une majorité de plus en plus féminine. Les garçons, eux, ont de moins en moins accès aux études postsecondaires.

Cet automne, 57,5% des 64 000 nouveaux collégiens admis dans les cégeps de la province sont des filles, et 42,5%, des garçons. L'écart entre les filles et les garçons est moins important dans les programmes techniques (56% de filles), mais il se creuse dans les programmes qui mènent à l'université (près de 60% de filles).

De surcroît, le taux de réussite est beaucoup plus important chez les filles.

Environ 75% des cégépiennes terminent avec succès leur programme collégial pré-universitaire, contre à peine plus de 60% chez les cégépiens, soulignait hier Caroline Tessier, de la Fédération des cégeps. Cela se répercute inévitablement dans les admissions à l'université.

Voilà plusieurs années que les jeunes femmes dépassent en nombre les jeunes hommes dans les universités québécoises. Cette tendance ne cesse de s'amplifier. En 1991, 57% des collégiens entrant à l'Université Laval étaient des filles. En 1996, leur proportion a grimpé à 60%; cet automne elle atteint 63%. «Il s'agit d'une tendance lourde», a souligné Jocelyne Fortin, une responsable des inscriptions.

À l'Université de Montréal, on compte deux fois plus de candidates que de candidats autorisés à s'inscrire, soit environ 8800 filles contre 4400 garçons. La proportion de femmes atteint 80% en première année de médecine. Les filles dominent aussi largement des départements comme sciences biologiques et des facultés aussi diverses que le droit, la médecine dentaire, la médecine vétérinaire, la pharmacie et, bien sûr, les sciences infirmières et les sciences de l'éducation.
 
La majorité féminine est aussi très forte dans des universités en région, comme l'Université de Sherbrooke (57%), ou des universités anglaises comme Concordia (56% des nouvelles admissions).

C'est au cégep que les autorités se posent le plus de questions. Le Carrefour de la réussite au collégial s'est donné comme mandat principal d'étudier pourquoi le taux de réussite est plus faible chez les garçons, confie Mme Tessier, de la Fédération des cégeps : «Cette question nous préoccupe beaucoup.»

Le Service régional d'admission du Montréal métropolitain (SRAM) estime qu'il manque actuellement plus de 20 000 garçons dans les cégeps du Québec (la population totale des collèges publics s'élève à environ 150 000). Plus de la moitié des filles de 17 ans vont au cégep, comparativement à un peu plus du tiers des garçons.

Selon une enquête du SRAM, les garçons consacrent beaucoup moins de temps aux études que les filles. Presque le quart d'entre eux ont avoué aux enquêteurs qu'ils n'étudiaient presque jamais.

La pénurie de garçons dans les cégeps et les universités provoquera une véritable révolution des moeurs. Jusqu'à maintenant, on voyait des médecins épouser des infirmières, mais l'inverse est resté rare. «Les femmes très instruites voudront-elles des conjoints qui n'auront pas leur niveau d'instruction ou leur niveau social ?» demande Mohamed Hrimech, professeur en sciences de l'éducation à l'Université de Montréal.

«On assiste à un phénomène de société, souligne Denis Marceau, vice-recteur à l'enseignement à l'Université de Sherbrooke. Pour les femmes, c'est formidable. Mais pour les garçons, c'est autre chose. Ils sont de moins en moins présents dans le système scolaire. Dès l'âge de 16 ans, ils sont nombreux à décrocher et à trouver une petite jobine. Ils s'achètent une auto et font assez d'argent pour avoir l'impression que la vie est belle. Plus tard, ils découvriront qu'il n'est pas si facile de planifier sa vie sans diplôme.»

M. Hrimech avance quelques hypothèses pour expliquer la désaffection des garçons. Et quelques voies de solutions, à appliquer tant au primaire qu'au secondaire :

- La sédentarité. «Les garçons ont besoin de bouger. Ils doivent s'exprimer par l'activité physique. Avant, ils jouaient dehors. Aujourd'hui, ils jouent devant des écrans de télévision, d'ordinateur, de Nintendo. Le temps consacré à l'éducation physique a diminué.» Résultat : les garçons ne tiennent plus en place sur les bancs d'école. Ils ont de la difficulté à se concentrer. Ils subissent mal la concurrence avec les filles, qui ont plus tendance à s'exprimer par la communication. «Il doit y avoir plus d'activité physique et plus de récréations dès l'école primaire. Il faut diminuer la durée des cours.»

- La monoparentalité. «Les familles monoparentales, de plus en plus nombreuses, sont dirigées par des femmes, souligne M. Hrimech. Les filles s'identifient à leur mère. Mais à qui s'identifient les garçons ? Il faut créer de nouveaux modèles pour les gars, tant à l'école qu'au cinéma ou dans les médias. Des modèles d'hommes qui aiment étudier et pour qui la communication est importante.»

- La mixité. Il s'agit-là d'un terrain glissant, mais comme bien des experts, M. Hrimech s'interroge. «L'école est un milieu féminin, avec des enseignants majoritairement féminins, et des petites filles qui réussissent mieux que les gars. Ces derniers se sentiraient peut-être moins jugés s'ils allaient dans des écoles de gars. Sinon, c'est comme mettre dans le même groupe des coureurs qui font le 100 mètres en 10 secondes, et d'autres qui le font en 30 secondes...»