
Les hommes en ont assez!
Béatrice Richard
L'ère des machos semble révolue, tous les indicateurs le prouvent.
Mais comment vont les hommes du postféminisme? Pas bien. Ridiculisés, conspués, ils sont devenus des maris et des amants jetables, ont perdu leur statut au sein de la famille et sont privés de leurs enfants en cas de divorce.
Désespérés, certains vont jusqu'au suicide. Le tout dans l'indifférence, quand ce n'est pas la moquerie. Mais attention, le vent tourne...
Où sont passés les hommes au Québec?", s'interrogeait récemment le sociologue Gary Caldwell dans le magazine Agora. Ils ont pris leur trou, bousculés par le grand remue-ménage féministe des 30 dernières années. Certes, ce ne fut pas toujours une tendre guerre.
Déjà, en 1977, on pouvait lire dans Les Têtes de pioche, organe de presse féministe pur et dur: "Nous connaissons l'humiliation sous toutes ses formes et il est temps que ça cesse, qu'on en finisse avec la peur. Que finisse la violence des hommes sur nos corps. Cette violence quotidienne que nous subissons de la part des pères, frères, amants, amis, inconnus, tous ces hommes qui s'arrogent des droits partout, dans tous les endroits où ils se trouvent, sur nos corps et sur nos vies."
Aujourd'hui, le propos est devenu banal. Toutes les femmes savent qu'elles couchent avec l'ennemi! Point tournant de cette prise de conscience collective: la tragédie du 6 décembre 1989. On n'a pas oublié: un dérangé investissait l'École polytechnique de Montréal et abattait 14 femmes, dont 13 étudiantes promises à de brillantes carrières, en criant: "Je hais les féministes."
Fin de l'épisode et début d'un procès de la gent masculine qui n'en finit plus de finir. Dominateurs, violents et irresponsables, acceptant mal l'autonomie de leur blonde, prêts à frapper ou à tuer pour conserver leur suprématie, bref, des machos, tels apparaissaient soudain les hommes de la vie de Madame Tout-le-Monde.
Dans la foulée, une pluie d'accusations s'abattait sur eux: nuls au lit ou obsédés sexuels, ils ne communiquaient pas, étaient des pères absents, de mauvais payeurs de pension alimentaire et de piètres hommes de ménage. Et en plus, on les aimait trop. Dure fin de siècle pour les boys!
PAPI MET SES CULOTTES
Sidérés par ce qu'ils entendaient, les gars se sont tus, honteux et confus. D'autres se sont retranchés dans une haine sourde des "féminisses", entretenant leur misogynie comme un vieux bobo qu'on gratte ad nauseam. Certains ont continué de battre leur blonde; ces 20 dernières années, plus de 300 d'entre eux l'ont même tuée.
Mais aujourd'hui, le vent tourne. La résistance s'organise et ceux qui se rebiffent ne sont plus forcément des monstres. "Assez, c'est assez! Il est temps que ces exagérations cessent", s'exclame Yvon Dallaire. Le psychologue et thérapeute conjugal en est tellement convaincu qu'il a consacré six ans de sa vie à écrire un essai où il vide son sac: Homme et fier de l'être. "Les hommes font-ils quelque chose de correct aujourd'hui?, s'indigne-t-il. On pourrait en douter, à entendre les féministes qui les décrivent comme insensibles, mauvais au lit, dangereux pour les enfants, incapables d'exprimer leurs émotions, incapables de réelle intimité, incapables de contribuer à la vie de famille...
L'augmentation de fausses accusations de viol, les énormes pensions alimentaires à payer, les enfants confiés à 80 % aux mères lors du divorce, la présentation d'une mauvaise image des hommes dans les films, téléséries et images publicitaires, les incessantes accusations de harcèlement sexuel et l'incarcération beaucoup plus fréquente des hommes sont autant d'exemples de cette misandrie, de cette haine des hommes." Et vlan!
Pour Yvon Dallaire, le patriarcat est une illusion et il est temps que les boys se tiennent debout: "Les hommes ont peut-être le pouvoir social, politique, juridique et économique, mais le vrai pouvoir, le pouvoir occulte, est entre les mains des femmes." Aïe! Pas gentil, gentil, mais pas forcément plus sot que de présenter le Québec comme un goulag pour femmes. Backlash? Combat d'arrière-garde?
Le psycho-sexologue s'en défend bien: "Il n'est absolument pas question pour moi de revenir en arrière et d'enfermer à nouveau les femmes dans l'esclavage maternel et les hommes dans l'esclavage du rôle de pourvoyeur, insiste-t-il.
Je suis pour l'égalité des êtres, des droits et des chances, et c'est justement parce que je suis pour l'égalité que j'écris ce livre: pour essayer de rétablir l'équilibre entre les sexes, pour tenter d'augmenter la connaissance, la compréhension et l'harmonie entre l'homme et la femme, pour faire disparaître les iniquités, qu'elles soient causées par les hommes ou par les femmes."
LE MYTHE DU MÂLE IMMORAL
Le champion de la psycho-pop n'est d'ailleurs pas le seul à déplorer le sort du mâle d'Amérique. Sur un mode plus scientifique, des universitaires que l'on peut difficilement taxer d'antiféminisme se sont attelés à cette tâche délicate. C'est le cas de Germain Dulac, professeur à l'École de service social de l'Université McGill. Dans Aider les hommes... aussi, le sociologue se penche sur les effets pervers de ce qu'il appelle le "mythe du mâle immoral". Et son diagnostic n'a rien de rassurant.
"Dans les témoignages recueillis (pour mon étude), les hommes de tous horizons font état d'un malaise profond et manifestent une honte d'être des hommes", rapporte-t-il. Dénigrés, ridiculisés et accusés de tous les péchés, les mâles du post-féminisme sont souvent acculés au désespoir, quelques-uns au meurtre et au suicide, et cela dans une relative indifférence à leur égard: "Il y a, dans la façon de parler des hommes d'ici en termes de pères absents, de pédophiles, d'abuseurs, de batteurs de conjointe et d'enfants, de pères qui ne paient pas leur pension, etc., quelque chose de malsain et d'inquiétant, note-t-il.
Dans un tel contexte, comment parler de la souffrance des hommes?" Pire, souligne le chercheur, quand ces derniers sont en crise: notre système de santé et nos services sociaux leur offrent peu de ressources, ou alors ces dernières sont mal adaptées à la réalité masculine.
"Pour les femmes, il y a un certain nombre d'organismes, mais pour les hommes, il n'y a pas grand-chose, confie un gars en détresse. Tous les services sont à Montréal... et puis là, on te ferme la porte parce que t'as pas tué ou pas violé." Un scénario qui, selon Germain Dulac, reflète bien les préjugés négatifs de la société à l'égard de ses mâles.
"Depuis 25 ans, on nous dit que les hommes ont beaucoup de pouvoir, qu'ils contrôlent tout. Oui, effectivement, la structure sociale est organisée en ce sens, concède-t-il. Mais dans la vie de tous les jours, quand on regarde autour de soi, on voit les hommes prisonniers de situations tout à fait dramatiques. Ils sont loin de tout contrôler."
Deux autres chercheurs de l'Université McGill, Paul Nathanson et Katherine Young, vont plus loin: selon eux, le discours haineux contre les hommes imprègne toutes nos vies. "La misandrie s'est tellement ancrée dans notre culture que peu de gens, incluant les hommes, la remarquent", écrivent-ils dans leur dernier essai, Spreading Misandry. "Nous-mêmes avons été surpris de découvrir l'étendue de cette haine et le fait qu'absolument personne ne l'ait critiquée jusqu'ici, renchérit Mme Young. On ne prend tout simplement pas ce phénomène au sérieux."
Ironiquement, il y a 30 ans, des féministes dressaient exactement le même constat au sujet des femmes: "Pourquoi les femmes acceptent-elles toute l'humiliation et le mépris qu'ont pour elles les hommes?, demandait alors la chroniqueuse Éliette Rioux, dans Les Têtes de pioche. Parce que depuis toujours, c'est la règle! Parce que le mépris des hommes venant des femmes s'est installé dans l'esprit des femmes. Elles l'ont digéré et le pratiquent maintenant entre elles et vis-à-vis d'elles-mêmes."
L'IDIOT DE SERVICE
Certes, le discours anti-gars peut prendre des formes badines, rigolotes même. Et casser du mec est devenu le nouveau sport branché. La technique est simple: on se réunit entre filles, pour un souper par exemple, et on dénigre à coup de remarques assassines l'autre moitié de l'humanité. La formule est tellement efficace qu'on en a fait une émission télé, Les Copines d'abord. Dans un concert de gloussements et d'applaudissements, on y plonge allègrement les hommes dans un bain d'acide. Ce n'est pas parce qu'on rit que c'est drôle, mais enfin, tout cela n'est pas bien méchant.
Dans un style plus "matante", larmoyant et tout, on a eu les téléromans de Lise Payette. Grâce aux Dames de coeur et aux Machos, toute une génération de femmes a appris comment tasser le mononcle épais qui leur tenait lieu de père, d'amant, de mari ou de patron. Et grâce aux Filles de Caleb, les Québécoises auront retenu que leur grand-père avait peut-être de belles fesses, mais qu'il n'était au fond qu'un alcoolique irresponsable, alors que leur grand-mère était la femme forte de l'Évangile.
Et que dire de la pub? "À la télé, au Québec, les crétins sont de sexe masculin", déclare Luc Dupont, auteur de deux livres sur la publicité et chargé de cours à l'Université Laval. Ils laissent s'émietter leur muffin sur le dossier de leur collègue (gâteaux Vachon), tombent à la renverse en mettant les pieds sur leur bureau (Loto Super 7), ne savent pas comment poser un scellant de baignoire (Quincailleries Pro) et se conduisent comme des bébés quand ils attrapent un rhume (Nyquil). Benoît Brière, lui, joue les beaufs fatigants (Bell) et Martin Matte, les Ti-Casse baveux (Honda). Bref, qu'il soit né de la dernière averse ou rescapé des neiges d'antan, le mâle Québécois est l'idiot de service.
NÉES DE LA CUISSE DE VÉNUS
Qu'en pense l'homme de la rue? L'un tolère, l'autre pas. "Mais pourquoi donc ai-je cette impression persistante que je ne tire aucun avantage d'être un homme?", se demande Raynald Collard, en réaction à un éditorial d'Agnès Gruda sur la Journée de la femme (La Presse, 8 mars 2001). Enseignant dans la cinquantaine, l'homme se présente comme un gars "pas bête", sympathique à la cause des femmes et remis de son divorce. Normal, quoi. "Mais, souligne-t-il, une sorte de rancoeur m'enlève toute empathie envers la féminine condition."
Son problème? Les jeunes Québécoises, dit-il, sont "nées de la cuisse de Vénus" et les gars en paient le prix. Ses étudiantes lui semblent être "le produit d'une société féministe et sexiste". En Chine, explique-t-il, on considère la naissance d'une fille comme une mauvaise nouvelle, tandis qu'ici, à la naissance, c'est le garçon qui en est une: on peut même dire qu'il porte déjà le poids de la preuve à faire qu'il n'est ni un futur agresseur, ni un futur délinquant, ni un futur fauteur de troubles dans les classes, ni un paresseux, etc.
La fille, elle, à sa première respiration, bénéficie déjà d'un statut particulier, dans une société maintenant faite pour elle, la poussant tous azimuts vers la réussite et l'ambition. Ça, ça s'appelle des conditions gagnantes."
À BAS LE GIRL POWER!
Luc Breton, 30 ans, en a vraiment ras le pompon du Girl Power. "Je les appelle les "machettes", dit-il. C'est un mot que j'ai inventé pour désigner la femelle du macho.
Le genre de filles qui, sous prétexte que les femmes ont le droit de se libérer, se croient autorisées à "bitcher" les gars.
Elles les méprisent et répètent sans cesse que les hommes ne font que des conneries, que seules les femmes détiennent la vérité et que tout ce qu'elles font est bien. Ces filles combattent le macho, mais elles sont pires que lui.
Quoi? Les gars savent réparer le moteur de leur char, et puis après? Ça n'a rien de compliqué! Ils refont tout le système électrique de la maison? Y a rien là! Mais quand ce sont elles qui réalisent quelque chose, alors là, il faut crier au génie. Ça devient lassant à la fin! Elles disent que les mecs sont des cons, et elles font tout pour les imiter."
Il reste malgré tout des galants qui nous encensent: "Que serait le monde s'il était laissé entièrement aux hommes, se demande l'anthropologue Serge Bouchard. Où serions-nous, sinon sur un champ de bataille balayé par un vent de folie, répétant à l'infini et dans toutes les langues que mon père est plus fort que le tien?" Beaucoup d'autres préfèrent hurler avec les louves, histoire de ne pas passer pour des ringards ou... pour ne pas faire fuir le gibier.
C'est le cas d'Éric Dupuis, 28 ans. Célibataire, beau garçon, il a été élevé par une mère féministe. "Les filles ont raison de vouloir être autonomes et nos égales, affirme-t-il candidement. Comme ça, elles assument leurs dépenses, j'assume les miennes: pas de chicane, on ne se doit rien. Les gars qui veulent les rabaisser n'ont rien compris..." Et toutes ces vacheries qui circulent sur la gent masculine? "Ce ne sont pas toutes les femmes qui tiennent ce langage. La majorité ne mettent pas tous les hommes dans le même sac."
De fait, la tendance serait plus à la conciliation et à la poursuite d'idéaux communs qu'à la guerre des sexes: "Aux États-Unis, on assiste à l'émergence d'un nouveau mouvement féministe, la Third Wave, rassemblant de jeunes femmes et acceptant la participation des jeunes hommes, qui s'attaque aux différentes formes d'oppression: sexisme, racisme et pauvreté, rapporte la sociologue Geneviève Guindon. C'est ce type de féminisme que les jeunes Québécoises et Canadiennes souhaitent aujourd'hui."
LES LOUVES S'ACCROCHENT
Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres. En particulier sur le front de la paternité. Car c'est là, généralement, que tout se gâte. Malgré leurs efforts, les nouveaux papas ont encore très mauvaise presse et un statut précaire au sein de la famille. Les pères violents, abuseurs, manipulateurs, irresponsables, absents ou mauvais payeurs (de pension alimentaire) disputent la manchette aux "nouveaux pères" mythiques des années 80, affectueux et à l'écoute de leurs enfants. Forcément, les principaux intéressés ne savent plus sur quel pied danser.
Travailleur social au CLSC Olivier-Guimond, Yves Nadon peut en témoigner. En tant qu'animateur d'ateliers d'activités interactives entre pères et enfants, il a souvent affaire à l'avant-garde des pères "engagés". Des hommes de bonne volonté, mais qui cherchent encore à définir leur rôle au sein du sérail: "Ceux qui viennent me voir se sentent souvent coupables et inadéquats, affirme le spécialiste. Ils se demandent encore quelle est leur place exacte au sein de la famille." Et pour cause. "Souvent, raconte Yves Nadon, quand la mère demande au père de s'occuper de l'enfant et qu'il s'exécute, elle a tendance à vérifier si tout est correct, mais selon ses critères à elle. Cette attitude agace beaucoup de pères, qui en déduisent que la mère est inquiète de leur confier les enfants."
Qu'ils aient été présents ou absents, en cas de divorce le résultat est le même: presque tous écopent du double rôle de "pères du dimanche" et de "guichet automatique". Parmi eux, les hommes qui ont soutenu le combat pour l'émancipation de leur compagne s'avèrent les plus blessés. C'est le cas de Ghislain Prud'homme. La jeune quarantaine, enfant des sixties coulé dans le moule de la révolution féministe, il souhaitait garder le contact avec ses enfants malgré sa séparation: "Mes professeurs, mes parents, mes frères et mes soeurs m'ont toujours parlé de l'égalité des sexes, dit-il. Pour moi, ça allait dans les deux sens. Avoir mes enfants près de moi allait donc de soi."
Il n'a toutefois obtenu la garde partagée de ses fils qu'après deux ans de procédures "assez atroces".
Une pilule d'autant plus difficile à avaler que, selon la sociologue féministe Évelyne Sullerot, nous aurions tendance à plaquer nos compagnons pour des motifs puérils: "Je fais depuis plusieurs années le suivi assez attentif des pères après la rupture (des milliers ont d'ailleurs créé des associations), dit-elle. Et je vois chaque année que les suicides d'après divorce ne sont que des suicides d'hommes. Le divorce semble bien plus difficile pour eux que pour leur compagne, principalement quand des enfants sont en jeu.
N'oublions pas non plus que ce sont les femmes qui, trois fois sur quatre, demandent la séparation. Et pourquoi la demandent-elles? Diverses études montrent que la cause numéro un est... le désappointement. Elles ne supportent pas le quotidien sans la romance. Je m'en suis aperçue aussi quand j'ai fondé un organisme qui s'appelle Retravailler, et qui a reçu jusqu'ici 500 000 femmes dont beaucoup de divorcées. Ces dernières années, j'ai très souvent entendu: "Je m'ennuie, donc je veux refaire ma vie."" Le Prince charmant n'est pas sorti du bois!
LES HOMMES DÉSEMPARÉS DE DENISE BOMBARDIER
À voir absolument: Le désarroi des hommes, un documentaire-choc de Denise Bombardier et du réalisateur Paul Bourgeault, présenté en mars dans le cadre de l'émission Enjeux à Radio-Canada. Après avoir abordé la solitude des femmes, Mme Bombardier a décidé de donner la parole au sexe fort.
Qui a dit que les mâles ne parlaient pas? Ils se sont au contraire montrés intarissables. "Nous en avons été les premiers surpris, rapporte Paul Bourgeault. Ainsi, nous avons fait un micro-trottoir rue Mont-Royal, à Montréal, en leur demandant ce qu'ils pensaient des relations hommes-femmes. Eh bien, ils se sont montrés très volubiles, comme ça, à froid. C'est pour nous le signe que ce sujet est mûr."
Les documentaristes ont interviewé des dizaines d'hommes d'horizons très divers. Parmi eux, Bernard Lamarre, un homme plutôt traditionnel, qui s'interroge sur l'avenir de ses trois fils divorcés; un homme rose de 63 ans remarié à une féministe; un Africain qui plaide pour un arrêt des hostilités hommes-femmes... Le plus émouvant? Un gamin de 10 ans, pensionnaire dans un collège pour garçons seulement et heureux de ne pas avoir à se colletailler avec des filles. "Avec elles, on se sent toujours sous haute surveillance, on ne peut jamais être nous-mêmes", dit-il. Ou encore: "Les hommes gardent toujours trop d'orgueil en dedans, c'est pour ça qu'ils se suicident."
PAS SI MÉCHANTES QUE ÇA…
À bien y regarder, les féministes québécoises ne sont pas toutes les irascibles mégères que certains voient dans leur soupe. Au-delà du "bitchage", rares sont au Québec les clitocrates enragées qui, à l'instar de la caricaturale Andrea Dworkin, la papesse du féminisme américain, osent proclamer que "toute pénétration est un viol".
"L'image "extréministe" qu'on accole aux féministes, c'est cette histoire de soutiens-gorges brûlés dans une manif il y a 30 ans (et paraît-il que ça n'a même pas eu lieu!), rappelle Nicole Nepton, webmestre du site cybersolidaire.org.
Ça, de l'extrémisme? On repassera! Ou alors on parle de ces quelques lesbiennes radicales qui ont coupé les ponts avec les hommes (So what! Sont-elles allées jusqu'à tuer des hommes ou les fesser à coups de pieds?)"
D'ailleurs, les nouvelles couvées de filles boudent le féminisme de maman et se montrent résolument allergiques aux pancartes et aux mots d'ordre. C'est ce que révèle la sociologue Geneviève Guindon, qui a mené une enquête auprès de jeunes étudiantes dans le cadre d'un mémoire de maîtrise. "Le mouvement féministe a changé (depuis les années 1970) et devrait peut-être se réorienter, déclare l'une d'elles. C'est sûr qu'il faut des extrémistes. Sauf que, dans la société d'aujourd'hui, je me demande si ça vaut la peine d'être aussi extrémiste et s'il n'y aurait pas d'autres moyens d'arriver à ses fins. Peut-être moins de revendications et plus de discussions, plus de compromis."
Bref, plutôt contentes de leur sort, les filles interrogées ne voient pas l'utilité de s'énerver. D'autant moins que les gars auraient évolué, eux aussi. "Depuis les années 1960, les rôles traditionnels ont été remis en question, les mentalités se sont (en partie) transformées, admet la sociologue. Les jeunes femmes de mon enquête ont eu comme modèles ou partenaires des hommes qui étaient en accord avec des valeurs féministes."
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Pour en savoir plus
· Homme et fier de l'être ,Yvon Dallaire, Options Santé, 2001.
· Aider les hommes... aussi, Germain Dulac, VLB éditeur, 2001.
· Spreading Misandry: The Teaching of Contempt for Men in Popular Culture, Paul Nathanson et Katherine Young, McGill-Queen's University Press, 2001.
Trouvé sur le site Canoë :
www.canoe.qc.ca/artdevivresociete/fev20_02_hommes_a-can.html
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