Lettre
ouverte à la ministre Michelle Courchesne
mars 2004
Madame la ministre
Courchesne
C’est avec un certain étonnement pour ne pas dire stupéfaction que j’ai
pris connaissance de votre missive sur votre vision de « l’égalité » le 26
février dernier.
Que vous ayez de nobles objectifs égalitaristes en ce qui a trait à la place
de chacun des sexes dans le monde du travail va encore, tout le monde est pour
la vertu et personne ne doutera des capacités de chacun. D'ailleurs, les différents
gouvernements et administrations publiques ont tous adapté leur travail en
fonction de cette réalité.
Mais la ou je m’interroge sur votre jugement, Madame, c’est lorsque
j’entends de votre part un énoncé aussi dangereux que « Soulever la
question des hommes dans une perspective d'égalité peut faire sourciller,
d'autant plus qu'au Québec et ailleurs dans le monde, des groupes d'hommes
accusent les féministes de plusieurs des maux sociaux et réclament l'attention
des pouvoirs publics et des médias. Il faut rester vigilantes face à des
discours qui pourraient masquer une volonté de maintenir des inégalités ou
des pouvoirs et privilèges associés à une autre époque. »
Madame la Ministre, si cet énoncé résume votre pensée, nous avons, je crois,
collectivement de sérieuses questions à nous poser sur votre lecture de la réalité.
Vous est-il venu à l’esprit, madame la ministre, que des « groupes
d’hommes » existent parce que des situations extrêmement perverses affligent
les hommes présentement. Si, Madame la ministre il est pour vous normal qu’en
cas de divorce, seulement le père doit justifier ses capacités parentales
alors que toute la latitude est donnée à la mère… même incompétente il y
a un doute à avoir.
Si pour vous, Mme la Ministre, il est normal qu’en cas de rupture d’un
couple, dans plus de 80% des cas, c’est la femme qui obtient la garde des
enfants, il y a un doute à avoir.
Qu’une chance égale soit donnée à tous et à toutes peu importe couleur,
sexe, religion, orientation c’est très bien et même souhaitable, mais il
faut maintenant constater qu’une nette discrimination s'est installée ces
dernières années au détriment des hommes dans tous les domaines et il est
temps que cette bouffonnerie cesse, il y va de la paix sociale.
En tant qu’homme je n’ai pas à m’excuser d’exister Madame.
En tant qu’homme, je ne suis pas un Marc Lépine en puissance Madame.
En tant qu’homme je n’ai pas a porter la croix de la violence faite aux
femmes pas plus que je ne demande aux femmes de porter celle de la violence que
certaines font subir aux hommes, Madame.
En tant qu’homme je ne suis pas pire ou meilleur parent qu’une femme, juste
la moitié et ce sera assez, Madame.
De faire valoir mes droits ne fait pas de moi un anti-femme Madame la ministre
et je vous invite à la plus grande prudence dans vos propos, car je ne
reproduirai pas ici la totalité de vos propos incendiaires appelant à la
vigilance au sujet de « groupes d’hommes », mais si l’égalité fait réellement
partie de vos priorités, je vous invite a appliquer le même jugement
lorsqu’il s’agit de femmes ou de « groupes de femmes » pour vous
paraphraser
En effet que diriez-vous si un groupe d’hommes se proposait de faire du «female
bashing» comme le font au sujet des hommes des dizaines de groupes de femmes
sur Internet ? Que feriez-vous Madame la Ministre si c’était les jeunes
filles qui avaient un taux de décrochage scolaire aussi alarmant que celui des
garçons actuellement ?
Vous êtes-vous rendu compte madame la ministre qu’il est même perçu comme
un crime de lèse-féminisme de s’interroger sur les problèmes académiques
des garçons… Eh oui, selon Michèle Asselin présidente de la Fédération
des femmes du Québec ce serait une « charge contre le féminisme » que de
remettre en question certains modèles établis comme vérité absolue dans
notre monde scolaire.
Eh bien la madame la ministre, je suis désolé, mais ça va faire le niaisage,
vous n’aimeriez sûrement pas qu’on s’adresse à vous comme à une
personne qui a obtenu son poste par discrimination en faveur des femmes, j’ose
espérer que vous y êtes par compétence alors je vous prierais à l’avenir
de tenir compte de la réalité masculine avec légèrement moins de
condescendance et un peu plus de sens commun.
Défendre des hommes n’est pas une négation des acquis des femmes. Il serait
sympathique que notre ministre ait autant d’égard à défendre les pères
qu’à défendre les mères. L’égalité tant recherchée fonctionne des deux
bords. Et jamais, et je le répète, jamais, je ne m’excuserai d’exister
madame, il en est de même pour des centaines de milliers d’hommes et de papas
au Québec.
En terminant, sur une note positive, je vous remercie de contribuer si
activement, Madame la Ministre à la compréhension d’un mot encore trop
souvent tabou au Québec, le mot misandrie.
Jean-François Plante