Le suicide chez l'homme

Augmentation importante du suicide au Québec au cours des deux dernières décennies

L'écart entre les hommes et les femmes s'agrandit d'année en année !

Le suicide s'est accru de façon importante dans la majorité des états industrialisés au cours des deux dernières décennies. Le Québec n'échappe pas à cette tendance. Depuis 1976, le taux de décès par suicide a connu une hausse progressive avec des périodes de relative stabilité au milieu et à la fin des années 1980 pour ensuite croître de façon marquée. Ainsi, le taux de mortalité par suicide entre 1976 et 1996 a augmenté de 62 % dans la population totale. Chez les femmes, le taux de mortalité entre 1976 et 1996 est passé de 6,8 pour 100 000 personnes à 8,5, tandis que chez les hommes, il est passé de 17,4 pour 100 000 personnes à 31,0, soit des augmentations respectives de 25 % et de 78 % (voir figure 1). Cette augmentation majeure a fait de cette cause de mortalité un problème préoccupant de santé publique pour ne rien dire du problème social que cela soulève.

Taux de mortalité par suicide selon le sexe Québec, 1996

De 1951 à 1986 au Québec, dans les autres provinces canadiennes, dans la plupart des états américains, en Norvège, au Danemark et en Finlande, on a constaté que le taux de suicide avait augmenté parallèlement à l'augmentation du taux du divorce. On a même calculé une augmentation de 1% du taux du divorce qui a été associé, pendant toutes ces années-là, à une augmentation parallèle de 0,33% du taux du suicide. Les deux marchent ensemble..."

Source:  http://www.cam.org/~aqs/docs/doss/cah_hom.html

D'autres faits et statistiques sur le suicide au Québec

Les femmes font 4 fois plus de TENTATIVES que les hommes, mais au moins elles en émergent vivantes. Par ailleurs, le système de santé et de services sociaux demeure pour les accueillir et les assister. Les hommes morts par suicide n'auront pas bénéficié de cette aide.

Le Québec « produit » actuellement autant de suicides à lui seul que toutes les autres provinces réunies moins l'Ontario. Et il produit plus de suicides que l'Ontario, une province pourtant 58 % plus peuplée.

Au Québec - et c'est un cas particulier -, les suicides tuent plus que les homicides, dans un rapport d'environ 1 à 10

Le taux de suicide est trois fois plus faible chez les femmes, alors même qu'elles font plus de dépressions.

L"année charnière est 1964. À cette date, le taux de suicide entame une croissance continue, le nombre de mariages explose, tandis que nombre de naissances commence à chuter et que celui des avortements est à la hausse. Tout cela s'observe aussi ailleurs au Canada et au même moment. Mais au Canada, toutes ces tendances s'infléchissent à partir de 1972, alors qu'au Québec elles continuent à se maintenir. C'est aussi vers le milieu des années 1960 que les Québécois se mettent à déserter massivement les églises. Autre date-clé : 1972. À partir de cette année, le nombre de divorces connaît une ascension vertigineuse, surtout au Québec.

Le suicide est-il la manifestation d'une maladie mentale dont souffriraient les personnes qui le commettent ?

« Cette hypothèse ne tient pas la route socialement », dit le Dr Hubert Wallot. Selon lui, on ne peut relier le nombre de suicides seulement à celui des dépressions. « Multiplier les prescriptions d'antidépresseurs ne réglera donc pas le problème, il faut intervenir sur les causes sociales. »

Médecin-conseil auprès de cette régie, le Dr Wallot pointe du doigt la désintégration sociale. « Elle est reliée à un index de détresse élevé », dit le médecin, qui répond ainsi au Dr Pierre Vincent, psychiatre à Québec. Selon ce dernier, la majorité des gens se suicident à la suite d'une dépression ou d'une maladie bipolaire non détectée ou non traitée. Le Dr Vincent disait dernièrement dans L'Actualité médicale qu'on se suicide plus à Québec qu'à Moscou, bien que l'existence soit plus rude en Russie. Il déplorait aussi qu'il n'existe aucune politique de traitement des patients à risque.

Au Québec, le taux de suicides est en hausse constante depuis les années 1960. « Les facteurs sociaux - qu'on sous-estime - interviennent bien plus qu'une éventuelle mutation génétique, impossible en une génération », dit le Dr Wallot. Les ressources en psychiatrie étaient plus rares en 1950. Pourtant, on se suicidait moins. De plus, Montréal compte sans doute, en proportion, plus de ressources spécialisées en psychiatrie que Moscou. « Il faut donc regarder ailleurs la cause de tous ces suicides. »

Multiplier les centres de prévention du suicide, bien qu'ils aient leur utilité, n'est pas la solution, selon lui. « Il faut restaurer le tissu social, ce qui ne se fait pas en un mandat. » Le psychiatre mentionne les trois piliers habituels d'une société que sont la famille, l'intégration sociale et la religion. « On peut larguer l'un des trois, les deux autres compenseront tant bien que mal. Mais le propre du Québec, c'est d'avoir tout balancé en même temps et en très peu de temps. » Aujourd'hui règne l'anomie, l'absence de nonnes.
« Rien n'est plus interdit, y compris de se tuer. On s'aperçoit aussi que l'individualisme a ses limites, car on ne refait pas la société à soi tout seul ! »

Le plus efficace, en prévention, ce sont les ressources de première ligne. « Il faudrait davantage d'omnipraticiens qui soient capables de détecter et de traiter les dépressions. Ça a donné des résultats dans d'autres pays. » Mais le suicide n'est pas un problème sectoriel qui interpelle un seul ministère. Selon le Dr Wallot, aucune des provinces canadiennes qui a réussi à infléchir son taux de suicides ne s'en est rendu compte en fait. « Elles ont renforcé les moyens d'intégration sociale, mais ça ne se fait pas en lançant des programmes spécifiques. »

Loin de moi l'idée de décrier les centres de prévention du suicide, insiste le Dr Wallot. Mais le candidat au suicide n'appellera pas plus un tel centre qu'un braqueur de banque n'avertira la police avant de commettre un vol. « Les homicides se contrôlent par la police, pas le désespoir qui mène au suicide. » Mais le suicide est un sujet qui rebute. « Pourtant, 25 personnes mettent fin à leurs jours au Québec chaque semaine. Le SRAS, le virus du Nil et la vache folle réunis n'y ont, à ce jour, fait aucune victime. »

Source: extraits d'un article publié dans la revue L'Actualité mécicale, 2 juillet 2003, pp. 14-15